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Coup de Tabac sur les Ruches

Deux nouvelles études attestent des effets des pesticides néonicotinoïdes sur les colonies d'abeilles. Ils seraient notamment responsables de leur taux de mortalité très élevé, mais rendraient aussi les abeilles "accro", comme les fumeurs de tabac à la nicotine.

 

Ce matin sur FRANCE CULTURE, à 8H45 un point de Nicolas MARTIN sur le sujet « Abeille » en lien avec les dernières études sur pesticides/addiction/abeilles.

Pour écouter l'émission sur FRANCE CULTURE cliquer sur le lien ci-dessous :

http://www.franceculture.fr/emission-ce-qui-nous-arrive-demain-coup-de-tabac-sur-les-ruches-2015-04-27

 

Les abeilles seraient accro, un peu comme vous à la cigarette. Vraiment. Les abeilles et vous, même combat. Sauf que les abeilles vont nettement, mais alors très nettement moins bien que vous.
Il y a un autre point commun entre vous et les abeilles Marc : c'est qu'avec le printemps, vous recommencez à mettre le nez dehors, ce qui vous vaut d'ailleurs cette mine superbe et ce beau teint halé.

entrée d'une ruche Björn Appel © Creative Commons

Mais à l'inverse, pour les apiculteurs, le printemps depuis plusieurs années, c'est un moment d'angoisse. C'est le moment où ils vérifient leurs ruches et c'est le moment où ils constatent les pertes, souvent lourdes, dans les colonies d'abeilles. Et si l'on n'a pas encore, pour le moment, de chiffre au niveau national, les informations qui remontent via le Syndicat National d'Apiculture ne sont pas bonnes, mais alors pas bonnes du tout.
Si le taux normal de mortalité est de 10/15% en hiver, dans certaines régions, il serait cette année supérieur à 50, voire 60%. Un chercheur d'une unité scientifique de protection des abeilles, la PRADE, a même constaté la disparition de la quasi-totalité des colonies dans les Bouches-du-Rhône.
Comment expliquer cette surmortalité ? Eh bien deux facteurs auraient joué : tout d'abord un hiver très compliqué pour les abeilles, sans grand froid mais avec de nombreuses variations de températures, mais surtout, les pesticides, encore et toujours, et tout particulièrement les néonicotinoïdes qui auraient un effet catastrophique sur les ruches et qui seraient responsable de ce qu'on appelle le « syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles » - le Colony Collapse Disorder en anglais.
Les néonicotinoïdes, c'est le cauchemar des apiculteurs, et c'est le centre névralgique de la guerre qui les oppose aux agriculteurs. Dans cette guerre, les apiculteurs ont emporté en 2013 une victoire : la commission européenne a ordonné un moratoire sur trois néonicotinoïdes. Mais d'autres sont toujours autorisés sur des céréales, comme le colza par exemple.
Et deux études, publiées récemment dans la revue Nature, montrent l'effet pervers de ces pesticides sur les abeilles sauvages et les bourdons.

Première étude : une équipe a étudié les populations d'abeilles dans plusieurs environnements qui reconstituent la diversité des paysages agricoles. Avec d'une part des cultures « saines » et d'autre part des cultures traitées aux néonicotinoïdes.
Il en ressort que les pesticides agissent de plusieurs façons sur les abeilles : ils agissent principalement sur leur reproduction, en diminuant la fécondité des abeilles, la fertilité des bourdons et la faculté de plusieurs abeilles sauvages à nidifier.
Mais il y a encore mieux (ou plutôt encore pire) : une deuxième étude montre que non seulement les abeilles et les bourdons ne repèrent pas les néonicotinoïdes, ne savent pas faire la différence entre une fleur traitée et une fleur non traitée. Ils sont donc dans l'incapacité de les éviter, de « choisir » en quelques sortes de ne pas en consommer. Mais qu'en plus... les néonicotinoïdes agissent sur leur système nerveux comme une drogue. Et oui... dans néonicotinoïde, il y a .... « nicotine ».
Les abeilles qui ingèrent ces pesticides deviennent donc accro, exactement comme vous à la cigarette Marc. Elles retournent donc instinctivement vers les fleurs traitées, quand bien même l'autre conséquence de ces pesticides est qu'ils poussent les abeilles à moins se nourrir, à ingérer moins de pollen.
Petit signe d'espoir dans ce contexte particulièrement noir : le 16 mars dernier, l'Assemblée Nationale a voté, contre l'avis du gouvernement, c'est important de le préciser, l'interdiction des néonicotinoïdes pour 2016. Encore faut-il maintenant que le texte soit adopté par le Sénat, ce qui est loin d'être gagné... la FNSEA et les industriels de l'agro-alimentaire sont en pleine campagne de lobbying contre cette loi.
A titre indicatif, pour conclure : en 2014, les abeilles françaises ont produit 10 000 tonnes de miel. Il y a 20 ans, avec le même nombre d'abeilles, la production était de 40 000 tonnes. Vous serez ravi de savoir que le miel que vous mettez dans votre infusion pour soigner votre joli brin de voix nicotiné vient essentiellement de Chine, d'Argentine ou du Chili, des pays encore relativement épargnés par la généralisation des nouvelles générations de pesticides...

                                    Nicolas Martin